Le sport et la crise sanitaire ne font pas bon ménage. Les sportifs amateurs ont bien vite été contraints de rester à nouveau chez eux. Et pourquoi pas courir ? Sans dépasser le kilomètre autorisé bien entendu. Une situation qui devient de plus en plus difficile à accepter, que ce soit dans l’univers du football amateur, de la musculation ou de la danse.


On ne cesse de nous le répéter : il faut pratiquer une activité physique régulière. L’a-t-on oublié ? Le sport n’est-il plus une priorité ? « Beaucoup de personnes ont ressenti des douleurs, en raison du manque d’activité, après le premier confinement. Notamment les plus âgés » explique Nathalie, coach sportif depuis 14 ans à Cavalaire-sur-Mer. « Le gouvernement ne prend pas assez en considération l’impact psychique que peut engendrer la mise à l’arrêt des clubs amateurs. Moi le premier, j’ai besoin du sport » rajoute Antoine, joueur au FC Ramatuelle. Il fait du foot depuis ses quatre ans. A ses yeux le terrain, c’est le lieu du dépassement de soi. Sur le plan à la fois physique et mental. Ce joueur est attaquant. A chaque match ou entraînement, évidemment, son objectif c’est de marquer. A tout prix. « Sinon je suis frustré » confie-t-il. Il se maintient en forme durant les confinements. Mais il le précise : rien ne sera jamais aussi utile et nécessaire qu’un entraînement avec le coach. « Nous avons peur de la reprise. La ligue va vouloir reprendre au plus vite les matchs, alors que nous avons besoin d’au moins trois semaines de préparation. Nous ne sommes physiquement pas prêts à reprendre directement des matchs de 90 minutes. »

De plus, Antoine ne retrouve pas sur le gazon de simples joueurs, mais des amis. C’est un véritable espace de sociabilisation. Tout comme la salle de danse et la scène. En juin dernier, le Conservatoire Rostropovitch de Cogolin n’a pas pu assurer sa représentation finale. Elle marque d’habitude la fin de l’année. Impossible, puisque les cours n’ont pas repris à la fin du confinement. « C’était la dernière année d’une amie. J’étais déçue que nous ne puissions pas nous exprimer ensemble sur scène, une dernière fois » regrette Polixene, une ballerine qui voit la danse comme un véritable exutoire. Danser ensemble par le biais de la technologie ? Pourquoi pas, quand il n’y a pas d’autre choix. Même si le bénéfice reste limité. Il est nécessaire de se retrouver entre danseurs, par tout moyen. Partager quelques instants de danse. Ne pas perdre cette cohésion, si magique.

« Danser, ça me démange » : ni le virus, ni le confinement ne semble pouvoir empêcher les sportifs de pratiquer leur passion. En mars, rien n’a été configuré par le Conservatoire. Polixene a donc opté pour les cours en ligne, tout en continuant de converser avec ses professeurs. Elle a aussi découvert le yoga. Désormais, les enseignantes ont mis en place des activités pédagogiques. Depuis deux semaines, elle reçoit des instructions avec un thème à respecter. Danser avec une table, par exemple. Polixene prépare cette année les examens de fin de cycle 3. « J’ai repris les cours en salle le samedi 21 novembre. » Quatre heures par semaine, un véritable soulagement. Tous les amoureux du sport s’adaptent à ces mises sous cloche successives. « Ce que j’ai découvert pendant le confinement c’est qu’il y a mille et une manières de faire du sport » affirme Enzo, un habitué de la salle de musculation. « Quand j’étais petit, j’étais plus frêle que les autres. Avec la musculation, je voulais que les moqueries cessent ». Le confinement, il l’a pris comme un nouveau défi. Comment continuer à se dépenser ? Il sait désormais faire avec les moyens du bord. Se servir des objets du quotidien et leur trouver une nouvelle utilité. Une nouvelle vie, plus sportive. Comme les autres étudiants, Enzo ne peut encore une fois plus se rendre à la faculté. L’occasion parfaite pour réorganiser sa journée et faire davantage de sport.

Les conséquences économiques de la crise sanitaire sur le sport ne sont pas négligeables. « Les dommages sont encore plus grands pour les amateurs » nous informe Antoine. « Les partenariats du club de Ramatuelle ont été ébranlés ». Ce sportif ne touche pas de rémunération mensuelle. Mais des primes de match sont distribuées : elles sont passées de 120 à 100 euros la victoire. Et un sentiment d’injustice croît. C’est l’un des seuls sports encore praticables en professionnel. « Nous autres amateurs, nous ne pouvons rien faire, même par petits groupes ! On a beaucoup de mal à l’accepter ». Et le football n’est pas le seul univers qui rencontre des difficultés financières. Les impacts des mesures restrictives sont terribles pour le club de Nathalie. « Je comprends les décisions prises par le gouvernement. Mais je pense qu’avec ce deuxième confinement, notre activité a été interrompue beaucoup trop tôt ». Par crainte d’un reconfinement, très peu de personnes se sont inscrites en septembre. Ce qui s’est d’ailleurs bien produit, seulement un mois après la reprise des séances. Elle a eu l’occasion d’expérimenter les cours par visioconférence. Mais ils ne remplaceront jamais la salle partagée, où l’on rit et sue ensemble.

Elisa Hemery