« Ici, je suis un peu comme une touriste toute l’année ». Clémence est adhérente depuis près d’un an au Talus, une ferme pas comme les autres. Valentin et Carl, deux jeunes dynamiques sont à l’origine du lieu. C’est là qu’ils veulent construire un avenir différent.

En 2016, les deux amis se sont lancés le défi de créer une ferme urbaine pédagogique en plein cœur de Marseille. Ce petit hectare de terrain vague entre l’autoroute L2 et les voies de chemin de fer est aujourd’hui devenu une terre fertile où il fait bon vivre. Leur projet est double, à la fois une production maraîchère, mais surtout un endroit où l’on peut venir se restaurer, se reposer au soleil ou encore venir se former à la menuiserie, à la permaculture et à bien d’autres sujets. « Ici on produit des légumes, mais on souhaite surtout insuffler des idées nouvelles ». Carl, le chapeau en cuir enfoncé sur la tête et des lunettes de soleil au bout du nez, vit ce projet à plein temps. Son but : changer les idées que l’on a sur l’agriculture traditionnelle. Cette année, l’association a embauché un cuisinier et un maraîcher et les voyants économiques sont au vert. Il le montre tous les jours, on peut produire en ville, même sur de petits terrains et être rentable. Tous les midis, une trentaine de personnes vient déguster les délicieux repas préparés avec soin par l’équipe sous la direction de Jean, le chef cuisinier. Dans votre assiette, on retrouve essentiellement des produits du jardin, qui ont poussé sans engrais chimiques.

Une facette différente de Marseille

Découvrir une ville, c’est comprendre comment vivent les habitants et au Talus, les portes sont ouvertes au public, habitués comme curieux qui souhaitent découvrir une autre facette de la cité Phocéenne. Tous les mercredis, la ferme propose des ateliers participatifs aux initiés et aux débutants souhaitant apprendre des techniques de maraîchage. Dans les planches de cultures, on voit des salades de toutes les couleurs, de la moutarde en fleur et quelques deux cents jeunes arbres fruitiers en pleine croissance. « L’autre volet du Talus réside davantage dans l’aspect éducatif du projet ». Medhi a choisi de faire son service civique pour 6 mois dans la petite structure. Il touche un peu à tout ici et surtout il apprend beaucoup. Toutes les semaines des bénévoles proposent de partager leurs savoirs avec les visiteurs. « Cette semaine j’ai appris à faire du kéfir et la semaine prochaine je reviens pour un atelier compostage » s’exclame le bénévole. Marie, couteau en main part cueillir une salade. Elle est de passage à Marseille pour quelques jours et une de ses amies l’a amenée sur ce lopin de terre. « C’est une façon intéressante de découvrir Marseille. Les gens sont ouverts au partage et si on cherche des adresses écolos ou des choses sympas à visiter, je sais qu’on me proposera toujours des idées originales et intéressantes » dit-elle en rigolant. Lucien, étudiant à Marseille se rend maintenant régulièrement au Talus pour échanger et apprendre. « On peut manger pour seulement cinq euros un plat équilibré, sain et nourrissant et même boire de la bière produite dans une petite entreprise locale » détaille-t-il. Le Talus c’est une ferme urbaine, mais c’est aussi un projet plus large. L’aspect pédagogique du projet est central pour Carl, le responsable du maraîchage. « Ici on fait toute sorte de formations. Chaque idée est à essayer, on est une sorte de laboratoire à ciel ouvert de l’agriculture de demain ». Des ateliers de découverte sont organisés avec des scolaires des écoles du 13ème arrondissement de Marseille afin de sensibiliser les enfants aux changements nécessaires concernant leur alimentation mais aussi le respect de la nature.

Un laboratoire culinaire

Depuis quelques semaines, un cuisinier a été embauché pour le restaurant de l’éco-lieu. « On teste des choses nouvelles. On a une recette avec de la crème et des œufs, on souhaite en faire un plat vegan, on va donc chercher des substituts directement dans le jardin ». Jean souhaite aussi partager ses astuces de cuisine alternative. A peine arrivé, il espère mettre en place des ateliers de cuisine participatifs. Il veut que chacun prenne part à sa façon aux repas. Cueillette, préparation des plats, service ou vaisselle,tout le monde a son rôle dans ce laboratoire insolite. Sous la toile d’ombrage située au dessus de l’espace détente, Danielle participe aux travaux collectifs. Du haut de ses 78 ans, la Marseillaise répand du bois raméal fragmenté (BRF) sur le sol, un mélange de bois broyé qui conserve l’humidité du sol. « Toutes les semaines, les entreprises d’élagage nous offrent gracieusement plusieurs bennes de BRF, pour elles c’est un déchet, mais pour nous une mine d’or ». Carl compte aussi sur la solidarité et les dons de ses sympathisants pour améliorer la qualité de ce petit terrain.

Une oasis de bonheur

Marseillais ou pas, tout le monde est un peu un touriste au Talus. En arrivant sur ce coin de terre fertile, on est tout de suite dépaysé. Sur les planches de culture, les couleurs vives se mélangent.On retrouve le violet vif de la mizuna, une espèce de moutarde japonaise très subtile en bouche, les différentes teintes de salades et de blettes mais aussi un arc-en-ciel de fleurs comestibles. Ce large panel de couleurs, on le retrouve dans son assiette, bien présentée à la façon d’un restaurant bistronomique. Le lieu est avant tout un endroit de partage, de mélange intergénérationnel. Les fondateurs l’ont compris, ils encouragent la pluri-activité. Depuis septembre dernier, une bibliothèque est installée dans la ferme, elle permet à tous ceux qui le veulent de prendre et/ou de déposer gratuitement des livres. « La richesse de ce lieu est avant tout sa diversité ». Pour Carl, les gens doivent se sentir comme chez eux dans ce triangle de verdure. Vacanciers ou Marseillais, le Talus reste un grand bol d’air frais pour les grands et les petits.

Jean-Baptiste Robert