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Portrait : Johann Fulpin, l’Histoire dans la peau

Johann Fulpin pose avec l’armure qu’il a lui-même fabriquée pour les besoins de sa pratique sportive

En cette fin d’après-midi de janvier une douce lumière balaye le salon de l’appartement de Johann. Lui aussi, il illumine la pièce. Ce jeune étudiant en master d’Histoire antique ne cache pas son émotion quand il parle de sa passion, le combat hoplitique à la lance et au bouclier, qu’il pratique au sein d’une association étudiante de la faculté d’Aix. Ses mains se mettent à trembler, son sourire vient soulever ses lunettes, posées sur ses yeux bruns. Sa peau couleur café scintille dans le faisceau de lumière et souligne ses origines malgaches. Cette passion, il la doit à son père : « tous les dimanches matins il nous punissait ma sœur et moi, en nous forçant à regarder un film. Il nous a forgé une culture cinématographique », ironise t-il. C’est ainsi qu’il se plonge dans la période médiévale. S’en suivent plusieurs excursions au Puy du Fou, à Carcassonne, au mémorial des plages de Normandie. Une vocation est née. Cette ivresse du savoir ne le quittera jamais. Aujourd’hui, c’est la période antique qui lui donne les ailes d’Hermès. Un intérêt venu plus tardivement. Il se souvient parfaitement de sa rencontre avec « Vincent, le directeur de l’association. Il m’a proposé de faire une reconstitution d’une bataille romaine, à Fréjus ». Cette semaine reste gravée dans sa tête, marquée au fer rouge. Sur le terrain, il découvre les boucliers, les glaives, les armures et leur poids réel une fois portés. L’Histoire ne se résume plus à un apprentissage universitaire, elle se matérialise sous ses yeux : « quand tu te rends compte que tu peux vivre l’Histoire au sens propre, tu deviens accro ». Au delà de la reconstitution, il découvre que cette passion rassemble des personnes de classes sociales différentes. C’est cette mixité qui lui donne l’envie de continuer. Dès lors, la période classique s’impose comme une évidence et l’Antiquité devient son leitmotiv. En parallèle de ses études, il décide de s’impliquer dans cette discipline proposée par le CSU (centre sportif universitaire).

KO technique

Sa première représentation, il s’en souvient comme un baptême du feu. « Parce que je n’ai pas combattu, je me suis retrouvé au sol », dit-il avec un sourire malicieux.

En représentation à Hyères, sur le site archéologique d’Olbia, Johann se retrouve pour la première fois dans une phalange hoplitique. Au moment où sonne le début de la bataille, la phalange éclate. L’un de ses adversaires lui assène un violent coup de lance. Il tombe KO. Pourtant, après le combat, son sourire vient maquiller ses blessures. C’est cette même passion qui l’anime chaque fois qu’il s’apprête à en découdre : « quand tu es sur le point de combattre, tu n’as qu’une seule envie, c’est d’y aller à fond, à ce moment je rentre en phase de lutte ».

Cette discipline est un vrai sport de contact, les coups sont portés sans ménagement. Le but est de dominer son adversaire, tout en respectant les codes qu’utilisaient les soldats, autant sur le plan philosophique que gestuel.

Jusqu’au-boutiste

Pour progresser et trouver sa place dans l’association, il construit lui-même son armure, une étape obligatoire pour tous les adhérents : « j’ai investi environ 500 euros en dix mois dans mon équipement ». Dix mois pendant lesquels il ne vit que pour cela, comme l’explique Manon, l’une de ses amies présentes lors de l’entretien, « on le voyait chaque soir bricoler son équipement. Johann est jusqu’au-boutiste, ça lui donne un certain charisme ». Et il a de quoi être fier du résultat. Son armure de cuir et de lin correspond à celle des soldats à l’époque. « On se doit de respecter les sources iconographiques, les motifs et les codes », précise Johann. Cette détermination lui a permis d’acquérir une certaine considération de la part de ses proches, « au début, ma famille et mes amis me prenaient pour un fou, ils me disaient que je n’y arriverai jamais ». Mais le résultat final les laisse sans voix, il acquiert « un certain respect grâce à ce projet ».

Aujourd’hui, il tire le bilan de cette aventure insolite : « j’ai appris à me connaître d’une certaine façon grâce à tout ça ». Un développement de soi qu’il souhaite transmettre, en sensibilisant d’autres étudiants, en les incitant à être curieux. Il conclu avec humour, en déclarant que la prochaine armure qu’il confectionnera sera pour l’un de ses enfants. Johann a véritablement l’Histoire dans la peau.

Jules Bedo

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