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Vénézuela : de la division politique à la rupture internationale, une crise complexe qui dure

Suivant l’exemple des États-Unis ou la Colombie, de nombreux pays Européens élèvent la voix pour exiger le départ de Nicolas Maduro, président élu en 2013, ainsi que la tenue d’élections libres et démocratiques au Venezuela. Dans le même temps ils soutiennent ouvertement Juan Guaido qui s’est auto-proclamé Président du pays mercredi 23 janvier 2019. Une situation complexe qui soulève de nombreuses problématiques…

La séquence a fait le tour du monde. Juan Guaido prononçant le serment constitutionnel, devenant ainsi Président de fait de la République du Venezuela. Il a concrétisé par cet acte le souhait d’une grande partie de la population du pays qui attend ardemment le départ de Nicolas Maduro. Ce dernier est vu comme le principal responsable de la grave crise économique qui s’amplifie au fil des années, et comme coupable de dérives autoritaires dans l’exercice du pouvoir.

La démarche de Guaido a engendré un véritable séisme au sein de la communauté internationale. Certains pays, Etats-Unis, Brésil et Colombie en tête, ont déclaré qu’ils le reconnaissaient comme président officiel du Venezuela. Une poignée d’états européens, y compris la France, ont quant à eux posé un ultimatum à Maduro pour qu’il se prononce en faveur d’élections démocratiques avant le dimanche 3 février, sans quoi ils reconnaîtraient à leur tour son opposant autoproclamé comme interlocuteur officiel. Un soutien fort, symbolique et quasiment historique.
A noter que l’Union Européenne n’a de son côté pas clarifié sa position à ce propos malgré la résolution adoptée par le Parlement européen en vue de reconnaître Juan Guaido comme « président par intérim légitime ».

Toutefois ces réactions ont suscité une ferme opposition de la Russie notamment qui a dénoncé un « coup d’état » … Une affirmation qui, sur le fond et strictement parlant, est loin d’être dénuée de sens. Guaido s’est effectivement investi de la fonction présidentielle sans qu’aucun procédé constitutionnel ne le lui permette. Il a donc en quelque sorte usurpé le pouvoir, un acte qui pourrait être qualifié de coup d’état. Il faut pourtant aller plus loin que cette analyse juridique stricte. Depuis les premières manifestations populaires de 2016, l’opposition vénézuélienne a tenté de se faire entendre par les moyens qu’autorise le texte constitutionnel. Elle a ainsi rassemblé un nombre plus que suffisant de signatures pour déclencher dès mai 2016 un référendum de révocation du président. Une démarche qui a été refusée par le Conseil National Électoral pour des signatures supposément frauduleuses. Les manifestations, toujours plus importantes, se sont succédées dans un climat de violence grandissante. Nicolas Maduro, dont le principal soutien actuel se trouve être l’armée, est pourtant resté inflexible, étouffant ainsi les revendications grandissantes de l’opposition. La manœuvre de Guaido et les réactions qui s’en sont suivies peuvent donc dans une certaine mesure être comprises sans qu’elles ne soient réduites à un « simple » coup d’état.

Pourtant il convient de rester mesuré quant à cette soudaine implication de la communauté internationale. En effet, les grands maux qui frappent le Venezuela, existent depuis de nombreuses années déjà. Le soutien et l’aide des pays occidentaux étaient pourtant, jusque-là, restés de l’ordre du symbolique… Des déclarations virulentes (Rex Tillerson notamment), un plan d’aide de quelques milliards de l’UE pour résoudre les problèmes migratoires et c’est tout, ou presque… Les réactions des derniers jours, d’une toute autre dimension, pourraient alors être qualifiées d’opportunistes. Il ne faut pas oublier que le Venezuela est un des plus grands exportateurs au monde de pétrole, ce qui en fait de facto un pays aux enjeux géostratégiques importants.

Au-delà du bien-fondé juridique et moral de la prise de position américaine et européenne, qualifier d’interlocuteur officiel un personnage qui s’est auto-proclamé dans ses fonctions peut se reveler dangereux. Dans ce cas de figure, on préfère ainsi donner la parole à un homme qui n’a juridiquement aucune légitimité plutôt qu’à un autre qui a été élu (de manière controversée c’est vrai). Cela ouvre la porte à d’autres potentielles dérives… Cela reste sujet à discussions dans le sens où Juan Guaido a le soutien du peuple et qu’il a donc une certaine légitimité. Mais de là à devenir la figure du pays à l’international ? C’est une des nombreuses problématiques que soulève la crise vénézuélienne.

Maxence Gevin

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