En juin 2018, les femmes seront autorisées à conduire en Arabie Saoudite. Une question se pose alors, est-ce le résultat de la lutte de certaines poches de résistance féminine contre le pouvoir, ou une décision stratégique du royaume wahhabite ?

Manal Al-Sharif, une jeune maman, a dû quitter le pays en 2011 pour avoir conduit une voiture laissant son enfant derrière elle. Elle se sentait menacée. Six ans plus tard, la situation a donc évolué. Taha Al-Hajji, militant des Droits de l’Homme en exil écrit désormais: « L’étau de la tyrannie s’est brisé sous la pression des femmes. Au prix de sacrifices et grâce à leur persistance, elles ont arraché leur droit au pouvoir et aux oulémas qui le servent ».

Cette citation marque la fin d’un combat vieux d’un demi-siècle: des femmes ont longtemps manifesté, résisté au prix de souffrances (prison, torture, exil forcé ou peine de mort en cas de récidives). Ces dernières semaines, deux femmes avaient été arrêtées et condamnées à soixante-quinze jours de prison par un tribunal antiterroriste pour avoir conduit. Néanmoins, un internaute anonyme vient nuancer les propos de la résistance féminine : « Zéro pointé. Les pressions de la part des femmes n’y sont pour rien. C’est une décision souveraine du pouvoir politique ». Selon lui, le combat des femmes « est et restera hors-la-loi ».

Un storytelling « à la Saoudienne »

L’Arabie Saoudite est le dernier pays au monde a avoir interdit la conduite aux femmes. Le fait d’autoriser les femmes à conduire s’inscrit dans une politique de modernisation de la société civile saoudienne de la part du Prince Mohamed Ben Salmane. Celui-ci veut donner des gages au moment de monter sur le trône. En effet, ce trentenaire appartient à une jeune génération de Saoudiens (65% de la population a moins de 30 ans) et veut faire évoluer son pays, notamment pour éviter une révolte de la jeunesse. Dans ce contexte, son plan « Vision 2030 » vise à diversifier les ressources de l’Arabie Saoudite et développer considérablement les loisirs. Pour illustrer cette décision, il a autorisé un concert de rock, contre l’avis des autorités les plus conservatrices, en février dernier. 8 000 personnes y ont assisté. Uniquement des hommes, mais c’était une première.

Selon certaines sources proches du pouvoir, ce genre de décisions (laisser conduire les femmes, développer les loisirs,) « aura valeur de test pour savoir si le Prince héritier Mohamed Ben Salman saura introduire des réformes économiques et sociales malgré l’opposition conservatrice ». En effet, c’est lui qui tient les rênes effectives du pouvoir. D’autres sources pensent que ce décret détourne le regard de la communauté internationale des conflits du Golfe,  particulièrement au Yémen.

Yassine KHEDHER