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Les associations, acteurs incontournables dans la lutte contre les violences faites aux femmes

En plein regain du mouvement MeeToo, le décompte des féminicides ne cesse d’augmenter.  Les mesures annoncées par le gouvernement le 25 novembre dernier éludent en partie les associations d’aides aux femmes victimes. Nous avons donc décidé de partir à la rencontre de l’association SOS Femmes 13 à Aix-en-Provence.

En moyenne, tous les trois jours, une femme meurt sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint. Dans leur modeste bureau aixois situé au nord de la ville, Monica et Valérie accompagnent les femmes victimes de violences conjugales au quotidien. Dans ce lieu d’accueil, leur mission principale est l’écoute. « Il faut savoir les entendre, les écouter, leur expliquer ce qu’elles sont en train de vivre ». Rendez-vous furtif ou accompagnement complet, chaque femme se voit soutenue et guidée par les membres de l’association. Que ce soit pour trouver un nouveau logement, les accompagner juridiquement ou tout simplement pour leur redonner confiance en elle, SOS Femmes répond à un véritable besoin. La formation des professionnels représente également un pan important de leur mission « Sensibiliser les personnes proches du public, telles que les assistantes sociales, les juristes, les médecins ou les policiers est essentiel. Il n’est pas évident de détecter les signaux d’alertes d’une femme en danger, c’est pour cela que nous sommes là. » En effet, les violences conjugales ne se réduisent pas aux coups et aux gifles. Les violences psychologiques et l’emprise mentale constituent de véritables tortures. D’ailleurs, Valérie n’apprécie pas la dénomination « femme battue ». « Cette appellation cache l’immensité de la violence psychologique systématique inhérente aux violences conjugales, tout comme la prise en compte des enfants dans ce processus » explique-t-elle.

138 femmes ont été assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint depuis le début de l’année 2019

La médiatisation du mouvement MeeToo et la dénonciation grandissante des violences faites aux femmes dans l’espace public ont impulsé une dynamique de libéralisation de la parole. « Depuis quelques années, les femmes réagissent de plus en plus face aux violences. Elles osent davantage dénoncer et demander de l’aide. Mais parallèlement le danger s’accroît. Lorsque l’on sait que la plupart des féminicides ont lieu dans un contexte de rupture ou de divorce ». La parole se libère, mais les coups n’en sont donc que plus violents.

Face à ce constat, l’Etat tente d’agir. Pour Monica et Valérie, les mesures annoncées par Edouard Philippe le 25 novembre dernier vont dans le bon sens. « Tout ce qui concerne la prise en compte de l’enfant, comme la suspension de l’autorité parentale, est essentiel pour se défaire de l’emprise de l’homme violent ». Optimistes, elles attendent la concrétisation de ces mesures. Selon elles, certains autres points relèvent quant à eux de la précipitation. La principale critique émise par l’association concerne le positionnement de la justice face à ces situations. « Il faut que la femme soit prête avant de s’engager dans la voie judiciaire, qu’elle ait pleinement conscience de sa situation. Un accompagnement psychologique en amont doit se faire afin qu’elles entrent sereinement dans le processus judiciaire. Des psychologues devraient être présents dans chaque commissariat. »

Les deux femmes déplorent ainsi le manque de reconnaissance et d’aides pour les associations qui sont pourtant des acteurs incontournables dans ce combat. « Nous sommes l’un des premiers échelons du processus, nous tissons des liens de confiance avec ces femmes. Malheureusement, nous manquons de moyens pour être efficaces comme nous le voudrions ».

« Il faut prendre en charge les hommes violents »

La répression pénale aujourd’hui appliquée aux auteurs de violences conjugales n’a pas l’effet escompté sur la réduction des récidives. Pour les deux femmes, les mesures alternatives aux poursuites représentent une solution plus viable et humaine. Tout comme les victimes, les hommes se doivent d’être pris en charge et suivis. Valérie expose l’utilité de centres « médico-psycho-judiciaires » spécialisés : « l’éloignement de l’auteur ainsi que l’injonction de soin sont pour moi une partie de la solution. Il faut faire tomber cette barrière du déni derrière laquelle beaucoup d’hommes se cachent. Puis les soigner pour qu’ils comprennent la portée de leurs actes et qu’ils ne récidivent jamais plus ».

Iris Bronner

Si vous êtes victimes de violences conjugales appelez le 3919. Vous pouvez joindre le bureau SOS Femmes à Aix en Provence au 04 42 99 09 86.

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