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L’éducation comme moyen de résistance au fascisme et à l’intégrisme

Crédit : Cécile Vassas

L’association « Résister aujourd’hui » organisait samedi 13 octobre une conférence sur « Le fascisme et les intégrismes religieux ». Très vite l’événement a pris la forme d’un débat animé entre le public et les invités.

14h, Catherine Piat, présidente de « Résister aujourd’hui » ouvre la conférence. Elle présente d’abord le lieu. Le choix du camp des Milles n’est pas anodin. L’endroit chargé d’histoire porte en lui les vestiges d’un système fasciste. L’association protège les valeurs de la résistance et du droit de l’Homme. Elle lutte contre tout acte ou parole relevant du racisme et du fascisme depuis 1994.

14h15, au tour des invités d’intervenir. Le public studieux prend note et écoute avec attention. La première, Esther Fouchier, fondatrice du Forum Femmes Méditerranée est la modératrice du débat. Ghaleb Bencheikh, avec de multiples casquettes (philosophe, islamologue, journaliste) enchaîne. Il commence par définir l’intégrisme : « C’est accorder de l’autorité à un texte et à un guide qui lirait et saurait mieux que les autres. L’intégrisme veut s’imposer aux autres ». Cette phrase passe le relais à André Koulberg, philosophe spécialisé en histoire politique. Il s’attarde sur le terme de fascisme et en dresse l’historique. Il établit à la fois la différence et le lien entre les deux sujets. « La foi joue un rôle majeur dans l’intégrisme tandis que le fascisme repose sur une fatalité ethnique. Ici la race produit la pensée et la religion. Mais les deux mènent systématiquement à un pouvoir absolu. ».

Un débat plein de vie

15h, le débat commence. La salle est remplie, on peut y voir des intellectuels, dont certains semblent connaître personnellement les intervenants et des militants. Toutes les générations sont représentées. Les débuts sont timides avant de voir émerger les premières questions. On s’interroge sur la tolérance est-ce bon ou mauvais ? Ghaleb Bencheikh répond « La tolérance n’est pas un minima suffisant, il faut exiger plus ! ». Koulberg renchérit « Elle offre juste une possibilité de dialogue ensuite c’est à nous d’agir. Tolérer ne veut pas dire accepter.». Les deux hommes se feront d’ailleurs des passes tout au long de l’après midi.

Les questions s’enchaînent. Chacun y va de son commentaire, de son anecdote, de son expérience personnelle. Le public maîtrise le sujet et ne se démonte pas face aux spécialistes. On parle de laïcité, de valeur de la République. Les questions deviennent des dialogues entre public et intervenants. Parfois les esprits s’échauffent, des « Posez votre question ! » ou « Une autre personne maintenant » surgissent dans la salle.

« Toutes les questions sont bonnes à poser »

Chaque question crée des réactions de foule. Soudain une femme dans le public interroge « Le choc des civilisations est-il une forme d’intégrisme ? ». Tout le monde se tait et attend une réponse. André Koulberg se lance et affirme qu’il s’agit d’une intolérance absolue et d’une forme de régression avant de laisser la parole à Bencheikh. L’islamologue reprend que ce choc est « impropre en tout point surtout à l’heure de la mondialisation où on compte une civilisation humaine unique ». Touché par le sujet, il prend exemple de la langue arabe, entame une longue tirade totalement improvisée pour conclure « Vous voyez, là, je ne fais que parler arabe légèrement francisé ». Tonnerre d’applaudissements.

Le débat s’arrête également sur la place des femmes dans ces systèmes fascistes et/ou intégristes. Le combat majeur d’Esther Fouchier, elle l’illustre par un exemple personnel d’avant 2001. Elle était aux Etats-Unis avec des féministes algériennes venues lutter contre l’islamisme et ont été ignorées par Hilary Clinton. La discussion est magnifiquement résumée par Ghaleb Bencheikh : « Une société ne s’humanise que si elle se féminise ».

Les deux heures de débat s’achèvent. La solution reste l’éducation. Catherine Piat reprend la parole pour conclure le sujet avec une citation de Simone Veil : « Il faut éduquer le monde et les plus jeunes mais pour cela qu’avons nous vraiment à offrir ? ».

Cécile Vassas

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