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Le bio, une faim en soi ?

On ne le présente plus. Le « bio » a fait son apparition dans les magasins spécialisés et autres grandes surfaces, il y a de nombreuses années. À l’heure où l’agriculture industrielle est clouée au pilori, sa cousine biologique a le vent en poupe. Respectueuse de l’environnement, plus saine, elle fait figure de bonne élève. Mais rentre-t-elle dans tous les budgets ? 

20 février 2018, stupeur sur tous les visages. Face à son petit déjeuner, l’œil à demi-ouvert, le consommateur moyen découvre qu’il est dupé, ou du moins s’en rappelle. Et pour cause, un rapport publié par Générations futures, établi sur les bases de données de la direction générale de la répression des fraudes, indique que 73% des 19 fruits et 41% des 33 légumes les plus consommés contiennent des pesticides. Dans 2,7 % des cas, ces résidus sont supérieurs aux limites autorisées. « Je sais qu’il est préférable de peler certains légumes et dans l’idéal, d’acheter bio. Ce rapport, assez médiatisé, m’a fait une piqûre de rappel » confie Béatrice, professeure des écoles à Aix-en-Provence. Mais de quoi parle-t-on ? Les produits phytosanitaires, communément appelés pesticides, regroupent les herbicides, insecticides et fongicides. Environ 4000 substances de ce type sont autorisées sur le sol français. Outre leur effet sur l’environnement, leur consommation est-elle véritablement nocive ? « La présence de résidus de pesticides n’est pas inquiétante en soi, pour la santé, puisqu’ils font l’objet d’une réglementation », assure Jean-Pierre Cravedi, toxicologue et directeur de recherches à l’Institut national de la recherche agronomique*. Pourtant, les pesticides peuvent avoir un effet de perturbateur endocrinien, agissant sur l’équilibre hormonal. « Il y a l’effet cocktail, avec une dose qui s’ajoute aux autres. Surtout, une exposition au stade fœtal n’a pas les mêmes effets qu’à l’âge adulte » explique André Cicolella, également toxicologue, président et porte-parole du Réseau environnement santé*. Pour lui « pas de mystère : il faut passer au bio ».

L’addition du bio : insurmontable ou fantasmée ?

« De nombreux consommateurs se tournent vers le bio, principalement parce qu’ils sont soucieux de leur santé » affirme Tess, vendeuse de fruits et légumes dans un magasin Biocoop à Pornic. Si une personne sur deux est convaincue que l’agriculture biologique n’utilise aucun traitement*, là n’est pas l’exacte vérité. Mais par définition, ce type de culture exclut le recours à la plupart des produits chimiques de synthèse. Incontestablement, le bio se pose en solution pour « mieux manger ». Mais à quel prix ? Selon une étude de l’UFC Que Choisir, réalisée sur les 24 fruits et légumes les plus consommés par les ménages, le panier moyen reviendrait à 368€ par an, pour les produits issus de l’agriculture traditionnelle. Contre 660€ pour l’agriculture biologique. Si la différence a de quoi couper l’appétit, plus de la moitié de ce différentiel est attribué aux marges que s’octroient les distributeurs. Or tous ne pratiquent pas la même politique tarifaire. De quoi rassurer ceux qui rechignent à manger sain, faute de moyens ? « Oui, si on prend le temps de comparer » répond Manon, étudiante en droit à Aix-en-Provence. « Surtout qu’aujourd’hui, des applications anti-gaspillage alimentaire* se mettent en place, en partenariat avec les commerçants. C’est une solution parmi d’autres pour acheter local, de saison, sans débourser beaucoup d’argent ». De quoi redonner le sourire, et l’appétit, aux consommateurs.

  • * source : Le Monde 
  • * source : 20 minutes
  • * sondage Harris Interactive, mars 2016
  • * parmi les applications anti-gaspillage alimentaire : « Too good to go » ou « OptiMiam »

Thémïs LAPORTE

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