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La révolte aixoise trouve écho en Juan Branco

C’est sous les applaudissements et accompagné de deux gardes du corps qu’arrive Juan Branco. Malgré un horaire peu commode (un mardi à 15 heures), la salle « essais » de la librairie Goullard est pleine à craquer. Pourtant, l’auteur semble assez indifférent à l’ampleur de cette foule d’étudiants, de gilets jaunes et de retraités venue l’écouter. À vrai dire, l’avocat de Maxime Nicolle a d’autres choses en tête. Il vient d’apprendre que, sur ordre d’Édouard Philippe, son client sera convoqué le lendemain par la police judiciaire pour « provocation publique à la commission de violences ».
La tension monte et le discours commence. Le normalien détaille l’incongruité de cette décision de l’exécutif. « En touchant aux têtes visibles, ils s’attaquent à l’ensemble des gilets jaunes ». Mais bien vite, sous les grondements de l’orage, l’auteur de Crépuscule en vient au cœur du sujet. Comme il l’écrit dans son livre « ils ne sont pas corrompus, ils sont la corruption ».
Détaillant le parcours de personnalités politiques comme Édouard Philippe ou Emmanuel Macron, l’ancien grand reporter de 29 ans explique le système de vases communicants entre public et privé qui met, selon lui, à mal la démocratie. Des « ooh » se font entendre lorsque le public apprend qu’Édouard Philippe était directeur des affaires publics pour Areva lors de l’affaire Uramin. Selon Le Monde, ce sont 2,8 milliards d’euros du contribuable qui se seraient mystérieusement évaporés.
Le journaliste revient ensuite sur la difficulté qu’il a eue pour faire paraître son essai. Pression de l’exécutif, peur de se voir fermer certains cercles, son essai disponible gratuitement en pdf, n’a pas plu au « Petit Paris ». Pourtant son livre est aujourd’hui n°1 des ventes et ce, malgré l’absence totale de couverture médiatique, comme a pu le vérifier CheckNews.
Cette expression du « Petit Paris » revient souvent chez Juan Branco. Elle correspond au cercle d’intellectuels, de politiques, d’énarques, d’éditorialistes, de polytechniciens, de patrons (quand ils ne sont pas tout ça à la fois) qui s’entraident pour garder leurs privilèges et préserver leurs intérêts. Une réalité inacceptable pour le révolutionnaire qui soutient les gilets jaunes depuis le premier acte.
Pourtant, cette subversion n’a rien d’évident. Ancien science-piste puis normalien et militant écologiste, Juan Branco avait tout pour intégrer ces cercles qu’il critique. Il n’hésite d’ailleurs pas à évoquer les avances de Jacques Attali pour l’aider à créer un think tank ou le fait qu’il soit plus intimement « tombé amoureux des mêmes femmes qu’eux ».
Alors pourquoi aujourd’hui encourage-t-il le peuple à « se soulever » ? Un sens profond de la justice et de la démocratie semble habiter celui qui défend gratuitement Maxime Nicolle et qui a été pendant des années reporter de guerre. À chaque question du public, il invite à se rassembler pour « faire trembler » le pouvoir. Multipliant les propos flirtant avec l’illégalité, Juan Branco semble bien déterminé à remettre en question la légitimité de « ceux qui se sont perdus car vivant en vase clos ».
Mais peut-être que la vraie source de cet engagement se trouve dans la phrase qui clôture son intervention. Avant de partir plus tôt que prévu, car son client « panique » et l’assaille de SMS, il lance : « mes parents sont venus à Paris pour fuir la dictature de Salazar et ressentir quelque chose qu’on est en train de perdre aujourd’hui et qui s’appelle la liberté ».

Gaspard Dareths

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