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Chronique cinéma n°3 : Happy End de Michael Haneke

Gros plan sur « Happy End », film dramatique de Michael Haneke est sorti en France le 4 octobre 2017.

Ce film suit une famille bourgeoise vivant à Calais, qui subit une série d’événements dramatiques. L’histoire commence froidement, à travers l’écran d’un téléphone d’une fillette qui filme et diffuse sa propre vie sur Internet. Elle filme d’abord une scène banale de son quotidien, puis son hamster qu’elle empoisonne et qui meurt devant la caméra. Il s’agit là d’un premier aperçu d’une déshumanisation que l’on retrouvera tout au long du film. S’en suit un accident sur le chantier de l’entreprise familiale au cours duquel un employé décède.

Cet événement marque profondément le fils, qui était destiné à reprendre les rennes de la société. Face à la mort, cet avenir tout tracé n’a soudain plus aucun sens et le dégoûte. Il perd ses repères et sombre peu à peu, sous le poids de la culpabilité. Sa mère, insensible à cet événement, ne comprend pas le comportement de son fils qu’elle pousse à réussir à tout prix. Le jeune homme, élément perturbateur dans cette famille conformiste, remet en cause les codes et dénonce la superficialité et l’égoïsme de ses proches.

Ainsi, lors d’une fête d’anniversaire lisse et convenue, il dénonce avec ironie le racisme dont fait preuve sa famille envers Djamila, leur « esclave marocaine ». De nouveau, lorsqu’il pointe l’indifférence de sa famille face au sort des migrants, lors d’une réception de fiançailles, il laisse au spectateur un goût amer. A travers l’ironie et la provocation, il remet en question les vaines aspirations de l’homme face à la dramatique réalité. Cette brutalité touche également le grand-père, qui cherche à en finir avec la vie. Prisonnier d’un fauteuil roulant, il ne voit plus l’intérêt de continuer son existence terne et limitée par son corps. Cette vieillesse, annonciatrice de la mort interroge le spectateur sur la fragilité et le sens de la vie. En effet, l’argent et la réussite sociale semblent ici bien dérisoires. Enfin, on retrouve toute la misère humaine derrière les faux semblants du frère. Médecin respecté, marié et père d’un enfant, il trompe sa femme et semble incapable de ressentir la moindre émotion. A travers sa fille, il réalise qu’il est incapable d’aimer son entourage et qu’il est enfermé dans le mensonge.

Ce film dénonce ainsi les travers de la nature humaine, interroge chacun sur ses priorités, son égoïsme et son hypocrisie dans une société qui prône la réussite sociale et nie la réalité de la mort. Le spectateur en sort interpellé : quel est son rôle dans une société où les migrants sont laissés pour compte au prix de la réussite individuelle ?

Hélène ANDOLFATTO

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