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Adèle Haenel : “La justice nous ignore, on ignore la justice”

photo : Manfred Werner (Tsui)

L’actrice française ne portera pas plainte contre le réalisateur Christophe Ruggia, qu’elle accuse d’attouchements et de harcèlement sexuel alors qu’elle était âgée de 12 à 15 ans. 

Deux ans après #metoo, Adèle Haenel lâche une nouvelle bombe dans la monde du cinéma. Le 3 novembre dernier, dans un article fleuve de la journaliste Marine Turchi sur le site de Mediapart, l’actrice française accuse le cinéaste Christophe Ruggia d’attouchements et de harcèlement sexuel. Le lendemain, elle donne un entretien filmé de plus d’une heure, mené par Edwy Plenel, président de Mediapart. Les abus auraient été commis alors que l’actrice était âgée de 12 à 15 ans, après le sortie de son premier film “Les Diables”. Son agresseur avait, lui, de 36 à 39 ans.

Après la diffusion de l’enquête de Marine Turchi, l’actrice prend la parole en vidéo, quinze ans après les faits. La voix posée, les yeux grands ouverts, Adèle Haenel témoigne de son histoire, en s’adressant à tous. Elle explique son choix de rendre l’affaire publique, plutôt que de porter plainte. “La justice nous ignore, on ignore la justice” a-t-elle déclaré au micro de Mediapart, pour dénoncer l’inaction judiciaire face aux problématiques de harcèlement et d’agression sexuelle. Et les chiffres du ministère de la justice tendent à confirmer cette déclaration. En 2016, 73% des 33 000 plaintes pour agressions sexuelles ont été classées sans suite. Soit 3 suspects sur 4 qui n’ont pas été poursuivis. C’est donc sans se tourner vers la justice qu’Adèle Haenel décide de témoigner. “Il y a une violence systémique faite aux femmes dans la justice. Les femmes sont méprisées par le système judiciaire. Un viol sur dix est condamné par la justice, qu’est-ce que ça signifie pour les neuf autres? Pour toutes ces vies? Moi, c’est en grande partie pour elles que je fais ça aujourd’hui” a-t-elle asséné face à Edwy Plenel. 

Christophe Ruggia, le cinéaste accusé par Adèle Haenel, a quant à lui adressé son droit de réponse à Mediapart. S’il reconnaît avoir noué avec l’actrice d’alors douze ans une “relation personnelle et professionnelle forte”, il refuse catégoriquement les accusations de “harcèlement” et “d’attouchements sexuels”. Un démenti que la jeune femme dit “ne pas comprendre”. Bien que l’actrice n’ait pas choisi de porter plainte contre le réalisateur, le parquet de Paris a annoncé ce mercredi l’ouverture d’une enquête préliminaire pour des chefs d’”agression sexuelle” sur mineure de moins de 15 ans “par personne ayant autorité” et “harcèlement sexuel”. 

Maud Guilbeault 

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