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Roland Douay, le vendeur spiritumiel

Midi, un jeudi, l’heure du marché. Malgré la faible affluence à son étal, Roland Douay garde le sourire derrière son épaisse barbe blanche. Cet « happyculteur », comme il se définit, vient ici tous les jours vendre le miel qu’il produit.

Pourtant, rien ne le destinait à exercer ce métier. Fils d’une famille parisienne de classe moyenne, à 20 ans il choisit de quitter la capitale et de fuir la routine « métro-boulot-dodo ». Cette envie, il la doit à une rencontre. Il présente Lanza del Vasto avec une pointe de nostalgie : « il était connu à l’époque mais plus aujourd’hui ». Le disciple chrétien du Mahatma Gandhi l’initie à une philosophie fondée sur la non-violence, le végétarisme et le travail manuel. Le commerçant la résume par une citation : « ils croient bâtir et élever, mais en réalité ils désintègrent et ils s’enfoncent ».

Son retour à une vie « très simple auprès de la terre » dans les Cévennes se fait dans « des petites montagnes assez sauvages ». Roland élit domicile dans un village sans route où « il n’y avait plus que des vieux ». Sur des terres sauvages et abandonnées, il installe sa production. Il cultive des légumes, élève quelques chèvres, poules, ruches et même un mulet. Sur ses 27 hectares, il boit l’eau à la source et vit sans électricité.

Après 25 ans de vie de couple, Roland se sépare de sa première femme et prend un nouveau départ.

Des abeilles au zen

Il repart à zéro et s’installe dans le Luberon, à Grambois. Il doit recommencer à produire sans pouvoir s’acheter de grand terrain après des années d’autosuffisance. Dans ce « contexte différent », il ne peut cultiver que du miel.

Néanmoins, pour lui, même si l’apiculture constitue sa seule source de rémunération cela n’en fait pas son « vrai travail ». Ce que Roland préfère c’est recevoir, avec sa nouvelle compagne des gens pour les aider dans leur « cheminement spirituel ». Pour décrire le sien, il évoque ses « 54 années de recherche », et plus timidement des « expériences très rares » qui lui ont ouvert l’esprit. Grâce à ça, il peut épauler les curieux venus ouvrir leurs chakras le temps d’un week-end. Pour autant, le maître spirituel se refuse à engager une quelconque démarche de publicité pour gagner en popularité.

Le couple est à la recherche des règles qui régissent « la vie, l’univers, le cosmos, l’humain ». Roland explique par exemple, en regardant au loin, son chapeau vissé sur la tête, que l’« on récolte ce que l’on sème ». Et en même temps, qui de mieux placé que cet homme cultivant ses terres comme son esprit pour en témoigner ? Par moment, le septuagénaire se fait plus mystique. Il évoque une « bipolarité qui régit l’univers ». « Tout tend entre deux extrêmes, le bon et le mauvais, le bas et le haut. »

Finalement, ce n’est pas tant la routine que ce doux vieillard fuyait que la paix interne qu’il voulait trouver. C’est sans doute ce qu’il expliquera à ses prochains visiteurs samedi.

Gaspard Dareths

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