News Ticker

Comment surmonter le syndrome de la page blanche en 10 leçons?

Comment gérer la fameuse panne d’inspiration lorsqu’on est une jeune journaliste pleine d’ambition? C’est à cette question quasi-métaphysique que j’ai essayé de répondre en dix conseils presque avisés. 

14h09. Il me reste neuf heures. « Largement de quoi écrire un truc qui se tient » selon mon voisin de tablée, à qui je n’ai pas demandé grand chose. Sauf que la panne d’inspiration, mère de tant d’insomnies et sœur du travail bâclé, n’en est pas à son coup d’essai. Elle sait ce qu’elle fait, la petite. Et évidemment, comme tout étudiant qui se respecte, j’ai laissé courir le délai jusqu’à son épuisement. J’ai pourtant bien essayé de m’y mettre depuis quelques jours. Allongée dans mon lit, j’ai parcouru des pages entières d’articles d’immersion, à la recherche d’une révélation divine. Mais à chaque fois un reportage passionnant sur les cigognes d’Alsace ou l’hygiène bucco-dentaire au Moyen-Âge m’emportait vers d’envoûtants horizons. « Arte, le meilleur compagnon de vos échecs scolaires ».

15h11. Trois cafés, sept cigarettes et une migraine plus tard, la page est toujours blanche. Il me reste 8 heures. Démoralisée, je tape « inspiration » dans la barre de recherche Google et tombe sur une citation de Jack London. « On ne peut pas attendre que l’inspiration vienne. Il faut courir après avec une massue » affirme l’écrivain. Je n’ai pas fait de sport depuis mon épreuve de badminton du baccalauréat et je ne dispose d’aucune massue, maillet, marteau ou autres armes inspirantes de ce type. Ce bon vieux Jack ne m’aide pas beaucoup. Je clique tout de même sur la page de sa biographie, et m’arrête sur une autre citation, qui semble davantage correspondre à ma situation. « Les plus belles histoires commencent toujours par des naufrages ». Je préfère ça, mon cher Jack ! Partons du vide sidéral qui m’habite pour aider mes camarades à affronter la rude réalité de l’écran blanc (dérivé moderne de la fameuse page blanche). 15h54, on tient quelque chose. Je vais aller boire un café pour fêter ça. 16h17, je vous confie en exclusivité les secrets d’un journaliste inspiré :

1. Appréhendez l’exercice demandé avec rigueur. Quel type d’article attend-on de vous? Bien suivre la consigne peut vous aider à limiter la casse. Quitte à délaisser le fond, privilégiez la forme. Ça sera toujours ça de pris.

2. Attendez que l’inspiration se révèle à vous comme une illumination. Il parait que pour certains, ça marche. Enfin si vous lisez cela, c’est normalement que vous êtes déjà passé par cette étape. Si tel n’est pas le cas, fermez cette page et abandonnez-vous aux documentaires d’Arte pendant deux bonnes heures, puis retournez au premier conseil.

3. Inspirez-vous de vos propres expériences. Qu’avez-vous fait ce week-end ? Une folle soirée techno dans un hangar marseillais ? Une fête de village trop arrosée avec votre grand-oncle ? Votre vie représente une source d’inspiration que vous ne devez pas sous-estimer. De mon côté, le samedi soir (jeux de société) et le dimanche (lessives) n’ont malheureusement pas pu m’aider. Je suis certaine que vous avez mieux sous le coude.

4. Demandez à vos amis de vous aider. Votre entourage est un atout que vous ne devez pas négliger. Ils vous connaissent bien, partagent vos centres d’intérêt et ont peut-être entendu une information extraordinaire qui vous a échappé, tant vous étiez captivé par les problématiques de la fécondité des cigognes alsaciennes. Personnellement, après que mes potes m’ont proposé d’écrire sur « l’expérience du restaurant universitaire », « la plongée immersive dans un peep-show » ou autre « journée au marché de Noël », j’en suis rapidement venue à la cinquième étape.

5. Éloignez-vous de vos amis. Ils sont gentils, vous font bien rire et sont surement pleins de bonne volonté, mais vous n’avez plus le temps d’écouter leurs inepties. Remerciez-les poliment, dites-leurs que leurs idées vous ont bien aidées, et retournez immédiatement à votre page blanche.

6. Attention, cette étape est décisive. Elle consiste à revoir ses exigences à la baisse. Il y a deux jours vous pouviez encore prétendre à un article de qualité, original et bien écrit, mais ce temps est désormais révolu. Il est impératif que vous acceptiez d’être médiocre. Je sais que pour beaucoup l’idée est insupportable, mais sachez que vous l’êtes déjà la plupart du temps, sans même vous en rendre compte. Ne le prenez pas mal, on est là pour avancer ensemble !

7. Cherchez l’inspiration sur Internet. La toile constitue pour vous une source illimitée de nouvelles idées saugrenues. Perdez-vous dans les bas-fond du web pour trouver la perle rare qui vous permettra de vous démarquer.

8. Vous vous êtes trop perdu et vous vous retrouvez sur un site de vente de caleçons d’occasion. Pas de problème, c’était prévu. Faites-vous un café et allez débrancher votre box internet de ce pas. S’il le faut, n’hésitez pas à couper le courant. C’est un peu radical, mais cela vous évitera de nombreuses divagations. Attention, si vous n’avez pas de bougies chez vous et qu’il fait nuit, cela peut-être extrêmement contre-productif.

9. À ce stade, si vous avez suivi avec précaution tous mes conseils, vous devez être restés à l’étape de la page planche. Bien. Vous devez maintenant arpenter tous vos fichiers existants, à la recherche d’un ancien article que vous trouviez tellement lamentable que vous n’aviez pu trouver le courage de l’envoyer. S’il vous reste plus d’un quart d’heure, modifiez-le. S’il vous reste moins d’un quart d’heure, priez pour que personne ne trouve anachronique votre sujet sur la grogne des Bonnets rouges. Si vous ne savez pas prier, remplacez «  Bonnets rouges » par « gilets jaunes », et détendez-vous en regardant un reportage sur les cigognes. Si vous n’avez rien à recycler, car vous êtes déjà très écolo, passez à la dernière étape.

10. On va pas se mentir, il vous reste très peu d’options. Parmi elles : abandonner ou dire que votre chien a mangé votre travail. Le problème étant que cette excuse a énormément perdu en crédibilité depuis la démocratisation des appareils électroniques. Enfin, si vous avez un Rottweiler ça peut passer. La troisième et dernière option qui s’offre à vous est de loin la moins glorieuse. Si vous n’avez aucun amour propre, vous pouvez pousser l’ignominie jusqu’à rédiger un article à propos du manque d’inspiration. On ne sait jamais, ça passera potentiellement mieux que le coup du chien, mais on ne vous promet rien !

Callisto Lenhof

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*